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Jeunes homosexuels et risque VIH

Dossier de synthèse documentaire et bibliographique, juin 2015


Sommaire

Eléments contextuels et épidémiologiques
- La part des jeunes HSH dans l’épidémie VIH
- Les infections sexuellement transmissibles (IST)

Comportements sexuels et préventifs des jeunes HSH
- Débuts de la vie sexuelle
- Comportements préventifs et recours au dépistage
- Pratiques sexuelles et prises de risques

Vulnérabilités sociales des jeunes HSH
- Une proximité moindre avec l’épidémie
- Discriminations, homophobie et risques suicidaires
- Prise en compte de l’homosexualité dans l’éducation à la sexualité

Internet, applications et prévention
- Usage des applications
- Internet et applications : nouveau vecteur de prévention

Conclusion

Bibliographie


Depuis plusieurs années en France, comme dans d’autres pays industrialisés, le nombre de nouvelles infections par le VIH augmente parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) et les dernières données de surveillance du VIH montrent que la part des moins de 25 ans est en hausse chez les hommes contaminés lors de rapports homosexuels. Au contexte de prévalence alarmant au sein de la communauté homosexuelle masculine, s’ajoutent pour les plus jeunes d’entre eux les éventuelles difficultés liées à leur construction identitaire et sexuelle, leur connaissance relative des outils et stratégies préventives et une plus faible conscience du risque VIH que leurs aînés, qui les exposent doublement aux maladies infectieuses. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ne constituent pas en soi un public homogène. Il est donc essentiel de mieux appréhender les modes de vie et comportements des jeunes HSH afin de mettre en œuvre des actions de prévention ciblées et adaptées à leurs trajectoires et besoins spécifiques.

Eléments contextuels et épidémiologiques

La part des jeunes HSH dans l’épidémie VIH

Au sein de l’Espace économique européen [22, 34], l’analyse des déclarations de séropositivité des 25 pays de l’Union Européenne ayant déclaré en continu sur la période 2004-2013 en précisant le mode de transmission, montre une augmentation annuelle des diagnostics dans la population homosexuelle (+33% entre 2004 et 2013). Cette augmentation est particulièrement marquée chez les jeunes HSH : le nombre de cas a presque doublé sur cette période chez les 20-29 ans (de 1 585 à 2 728 cas) et la hausse a été encore plus marquée chez les très jeunes HSH (moins de 20 ans), passant de 76 cas en 2004 à 139 cas en 2013.

En France, les données épidémiologiques publiées par l’Institut de Veille Sanitaire [6] montrent également que l’augmentation des découvertes de séropositivités chez les HSH au cours des dix dernières années s’avère particulièrement inquiétante chez les plus jeunes. L’InVS souligne d’ailleurs que le nombre de diagnostics de séropositivité chez les homosexuels de 15-24 ans a été multiplié par 2,5 de 2003 à 2011 et que « le nombre croissant de diagnostics chez les HSH de moins de 25 ans incite à cibler cette population dans les campagnes de prévention ».

En 2013, les contaminations des HSH représentent 43% des découvertes de séropositivité en France soit environ 2 600 cas. Parmi eux, 14% avaient moins de 25 ans contre seulement 8% des hommes contaminés par rapports hétérosexuels. De plus, alors que la part des moins de 25 ans dans l’ensemble des découvertes reste stable (13%), cette proportion est en augmentation chez les HSH passant de 8% en 2003 à 14% en 2013.

L’InVS note que les tendances observées en France sont comparables à celles constatées en Europe de l’Ouest et notamment au Royaume-Uni [13]. Comme en France, les HSH représentent le groupe le plus touché avec un nombre de cas en augmentation (3 250 en 2013 contre 1 440 en 1999). Si cette augmentation touche toutes les tranches d’âge, elle est particulièrement marquée chez les 15-24 ans, qui représentent 16% des découvertes de séropositivité en 2013, et chez qui le nombre de nouveaux diagnostics a presque quadruplé (462 cas en 2013 contre 131 en 1999).

Les infections sexuellement transmissibles (IST)

En France, les données du dernier bulletin des réseaux de surveillance des IST publié par l’InVS [21, 25] montrent une hausse des IST chez les HSH qui touche notamment les plus jeunes.

Le nombre de syphilis récentes est en augmentation uniquement chez les hommes homo-bisexuels qui représentent 86% des cas en 2013. La hausse des diagnostics d’infections à gonocoque est particulièrement marquée chez les HSH qui représentent 54% des cas rapportés en 2013. Le niveau de lymphogranulomatoses vénériennes rectales (LGV) qui était relativement stable depuis plusieurs années est en augmentation en 2013 tout comme les rectites à chlamydia non L. La quasi-totalité concerne des hommes homo-bisexuels : 98% des LGV et 90% des rectites non L.

L’analyse par tranches d’âge montre que les moins de 30 ans représentent le groupe le plus touché chez les hommes avec près de 4 cas de syphilis sur 10, plus de 6 cas de gonococcie sur 10 et près de la moitié des cas de rectites à chlamydia non L.

Les données de l’InVS montrant une recrudescence des IST particulièrement marquée chez les HSH sont corroborées par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), qui fait état dans son rapport sur la prévention des IST et du VIH chez les HSH publié en 2013 [16] d’une explosion des cas de syphilis, de LGV et d’autres IST au sein de la communauté gay dans un grand nombre de villes européennes.

Une analyse par âges menée aux Pays-Bas sur la période 2006-2012 [23] souligne également l’augmentation importante des jeunes HSH consultant dans les cliniques spécialisées pour les IST. Le nombre de consultations des homo-bisexuels de moins de 25 ans est ainsi passé de 1 191 en 2006 à 3 791 en 2012 soit une hausse de 218% (contre 114% pour ceux âgés de 25 ans et plus).

Le taux de positivité pour une IST sur la période est significativement plus important chez les jeunes (18,6%) que chez les plus de 25 ans (17,7%). De plus, alors qu’il diminue chez les 25 ans et plus (17% en 2012 contre 22% en 2006), ce taux est en augmentation chez les moins de 25 ans passant de 17% en 2007 à 19% en 2012 avec un pic à 21% en 2011.

Comportements sexuels et préventifs des jeunes HSH

Débuts de la vie sexuelle

Différentes enquêtes menées auprès des populations homosexuelles et plus particulièrement des HSH permettent de mieux documenter leurs modes de vie et comportements sexuels. Près de 17 500 questionnaires ont ainsi pu être analysés lors de l’édition 2009 du Net Gay Baromètre, enquête périodique réalisée auprès d’HSH recrutés via des sites de rencontres gays français. Les 18-25 ans représentaient 17,4% des répondants et une analyse comparative de leurs modes de vie et de leurs comportements préventifs vis-à-vis du VIH par rapport à leurs aînés a été présentée dans le BEH en 2012 [28].

Les répondants de moins de 25 ans du Net Gay Baromètre 2009 se définissent majoritairement homosexuels tout en étant plus nombreux que leurs aînés à s’identifier comme bisexuels (16,9% vs 15,7%) ou à refuser de se définir sur le plan de leur orientation sexuelle (3,7% vs 2,6%). Ils sont plus souvent engagés dans une relation stable (62,9% vs 54,7%) moins souvent ouverte sur d’autres relations sexuelles que les répondants plus âgés. Ils sont moins nombreux à déclarer rencontrer plus de 10 partenaires dans l’année (28,6% vs 36,9%) mais plus nombreux à négocier des rencontres contre de l’argent, des biens ou des services (10,2% vs 3%).

Internet représente la modalité privilégiée à des fins de rencontres et 6 jeunes HSH sur 10 déclarent fréquenter le milieu de sociabilité gay (un peu moins que les plus de 25 ans) tandis que les lieux de rencontres sexuelles immédiates (saunas, backrooms et lieux extérieurs de drague) sont moins fréquentés par les jeunes répondants (43,2% vs 71%).

Concernant la consommation de drogues, les 18-25 ans semblent suivre une logique plus récréative que sexuelle et consomment plus de cannabis (35,8% vs 24%) et de speeds (4,1% vs 2,2%). Ils sont aussi plus nombreux à déclarer s’alcooliser fortement une fois par semaine et plus (25,5% vs 18,4%).

Depuis 1985, l’Enquête Presse Gay diffusée dans la presse gay, et depuis 2004 sur internet, collecte des données sur les modes de vie et comportements sexuels préventifs des HSH. En 2011, le public cible s’est élargi aux femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes, devenant ainsi l’Enquête Presse Gay et Lesbienne (EPGL). Une analyse générationnelle des réponses aux enquêtes EPGL entre 1985 et 2011 [31] met en évidence que si l’âge au 1er rapport sexuel reste stable dans le temps, les jeunes gays ont plus fréquemment leur première relation sexuelle avec un homme que les anciennes générations (83,7% des HSH ayant 18 ans entre 2008 et 2011 contre 76% de ceux ayant eu 18 ans entre 1956 et 1959).

Cette étude note également une évolution dans le temps des comportements indépendamment de l’âge et de la génération : hausse de la masturbation entre 1985 et 1990 puis diminution jusqu’en 2011, diminution du sexe oral entre 1985 et 1990 qui augmente jusqu’aux années 2000 pour se stabiliser à un haut niveau tout comme les relations anales qui après avoir diminué entre 1985 et 1990 ont augmenté jusqu’en 2011. En conclusion, les jeunes homosexuels reportent donc de fréquentes relations sexuelles orales et anales (plus que les générations précédentes au même âge) dès le début de leur vie sexuelle.

Comportements préventifs et recours au dépistage

Globalement, le recours au préservatif lors du premier rapport sexuel a régulièrement et fortement augmenté depuis 25 ans, pour concerner aujourd’hui 90% des 15-25 ans (contre 14% en 1985) [11]. Le préservatif apparaît donc comme un code, une norme d’entrée dans la sexualité, témoignant de l’impact des campagnes et des actions de prévention. Les derniers résultats de l’enquête KABP [Knowledge, Attitudes, Beliefs, Practices] - enquête évaluant périodiquement les connaissances, attitudes, croyances et comportements des Français face au VIH/sida – confirment que les jeunes ont intégré le sida dans leur univers du risque en s’appropriant, à travers l’utilisation du préservatif et le recours au dépistage, les pratiques pour se protéger. Ainsi, les jeunes sont les plus nombreux (89,6% en 2010) à estimer que demander un test de dépistage à ses partenaires ou faire soi-même régulièrement le test constitue une stratégie efficace. Quant à la perception positive du préservatif, en progression constante depuis 1998, elle reste stable chez les jeunes entre 2004 et 2010. Cependant, si l’opinion que le préservatif est quelque chose de banal est largement partagée, près d’un jeune sur deux juge également qu’il diminue le plaisir.

Une partie des questions du Net Gay Baromètre 2009 [27] visait plus spécifiquement à évaluer les préoccupations des répondants en matière de bien-être et de santé sexuelle en fonction de leur expérience personnelle indépendamment d’un idéal sociétal ou communautaire. Les jeunes HSH de moins de 25 ans déclarent davantage que les autres répondants accorder de l’importance à l’usage des préservatifs (85,4% vs 81,1% pour l’ensemble de l’échantillon) et aux risques associés aux pratiques sexuelles (78,1% vs 77,8%). Enfin, toute génération confondue, les trois quarts des répondants considèrent également les IST comme un sujet préoccupant.

Les données de l’enquête EPGL 2011 [45] montrent un faible niveau de discussion avant le dernier rapport anal sur le préservatif (35%) et/ou sur le statut sérologique VIH des 2 partenaires (28%). Les auteurs notent cependant que l’âge des protagonistes est un facteur influençant cette éventuelle discussion et que les jeunes sont plus nombreux à aborder ces questions avec le partenaire.

Concernant le dépistage, si la prévalence VIH déclarée chez les moins de 25 ans dans le Net Gay Baromètre s’élevait à 2,5% versus 14,5% pour les plus de 25 ans, les plus jeunes étaient plus nombreux à n’avoir jamais fait de test de dépistage (19,7% vs 7,6%) ou à être séro-interrogatifs (12,7% vs 10,4%) [28]. Cependant, plus de la moitié des moins de 25 ans avaient réalisé un test de dépistage VIH dans les 12 derniers mois contre 40% pour les plus de 25 ans. Ils avaient davantage recours aux consultations de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) : 39% y avaient réalisé leur dernier test contre 24% pour les plus âgés. Les principaux motifs de recours au dépistage varient aussi selon l’âge et les plus jeunes évoquent principalement un rapport non protégé (30,9%), la connaissance de son propre statut sérologique pour avoir des rapports non protégés (26,9%) ou un changement de partenaire (23,1%).

Avec plus de 180 000 participants, l’enquête EMIS (European MSM Internet Survey) réalisée en 2010 [15] dresse un panorama de la sexualité entre hommes en Europe qui montre notamment que la France est le pays présentant le plus fort taux de recours au dépistage avec 84% d’HSH dépistés au moins une fois au cours de leur vie contre 63% pour la médiane des 38 pays. Selon l’analyse du recours au dépistage en fonction de l’âge, dans la sous-région « Ouest » (Belgique, France, Irlande, Royaume-Uni et Pays-Bas) la part des jeunes HSH ayant fait un test dans l’année précédant l’enquête augmente avec l’âge pour atteindre près d’1 sur 2 dans la tranche des 25-29 ans (taux le plus important tous âges confondus).

L’analyse des pratiques de dépistage des HSH dans l’enquête EPGL 2011 met également en évidence des différences selon les caractéristiques sociodémographiques des répondants [46]. Les moins de 30 ans représentent plus de la moitié de ceux jamais testés mais la proportion de jeunes HSH n’ayant pas encore réalisé de test diminue avec l’âge en lien avec la période d’initiation au mode de vie homosexuel et d’intégration de ses normes préventives. Lorsque l’on ne considère que les 2 778 répondants de moins de 30 ans parmi les hommes non séropositifs pour le VIH depuis plus de 12 mois et sexuellement actifs, ils sont 1 584 à avoir réalisé un test dans l’année (soit 57% des moins de 30 ans vs 52% tous âges confondus), 648 à avoir été dépistés il y a plus de 12 mois (23% vs 34%) et 546 à n’avoir jamais eu recours à un test au cours de leur vie (20% vs 14%).

Alors que l’enjeu du dépistage est de taille tant au niveau individuel (favoriser l’instauration rapide d’un traitement antirétroviral qui réduit morbidité et mortalité) qu’au niveau collectif (agir sur la propagation du virus en réduisant les risques de transmission), différents freins persistent quant au dépistage et à la prise en charge des mineurs, des jeunes majeurs ayant-droit de leurs parents ou des majeurs protégés :
- les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) communautaires ne sont pas accessibles aux personnes mineures car ils sont réalisés par des non professionnels de santé, qui ne peuvent se dispenser du recueil du consentement des titulaires de l’autorité parentale ;
- concernant la prise en charge médicale des personnes mineures ou ayant-droit diagnostiquées séropositives ou éligibles à traitement post-exposition (TPE), le droit au secret n’est pas garanti dans la mesure où les pouvoirs publics n’ont ni prévu, ni organisé le secret de la prise en charge financière des personnes mineures ayant sollicité le secret sur leur état de santé.

Afin de remédier à ces freins au dépistage et à la prise en charge des mineurs, le Conseil National du Sida a, début 2015, rendu un avis [8] dans lequel il recommande de :
- garantir le secret de la prise en charge financière et de sa mise en œuvre consacrée par un instrument de droit approprié ;
- améliorer la connaissance de leurs droits par les personnes mineures, dans le cadre des interventions de prévention, notamment celles menées en milieu scolaire ;
- déroger au principe du recueil du consentement des titulaires de l’autorité parentale pour la réalisation d’un TROD, dès lors qu’une offre d’accompagnement adaptée est offerte aux personnes mineures.

En juin 2015, la ministre de la Santé a annoncé publiquement la prise en compte de ces recommandations relatives à l’anonymat des mineurs dans la future loi de Santé.

Pratiques sexuelles et prises de risques

L’analyse des appels et mails provenant d’HSH et traités en 2011 par Sida Info Service [39] montre que les jeunes font état de prises de risques dès le début de leur vie sexuelle. En 2011, 1 850 HSH de moins de 25 ans (dont 174 mineurs) ont utilisé l’un des dispositifs de SIS Association ce qui représente 18,6% de l’ensemble des HSH. Parmi les appelants du numéro vert, les jeunes évoquent plus fréquemment un risque sexuel : 68,5% des moins de 25 ans (72,8% des mineurs) contre 63,2% de l’ensemble des HSH : les pénétrations non ou mal protégées concernent par exemple deux mineurs sur cinq. Les questions reçues par mails mettent en évidence les mêmes types de prise de risque parmi les internautes mineurs.

Concernant plus particulièrement les plus jeunes HSH, la synthèse des sollicitations de jeunes de 15 à 19 ans traitées en 2013 par les services d’e-prévention de SIS Animation [40] montrent :
- qu’une situation sur cinq à risque potentiel de transmission du VIH et des IST a eu lieu entre personnes de même sexe ;
- 46,8% de ces prises de risques concernent des fellations, majoritairement des fellations faites, qui ne sont protégées que dans 5% des cas ;
- les pénétrations anales représentent un tiers des prises de risques dont 70,3% se sont déroulées sans protection.

Dans le Net Gay Baromètre [28], 4 homosexuels de moins de 25 ans sur 10 déclarent au moins une pénétration anale non protégée (PANP) avec des partenaires occasionnels au cours des 12 derniers mois et 17,6% des pénétrations anales non protégées régulières (R-PANP). La pratique de R-PANP dans les 12 derniers mois avec des partenaires occasionnels chez les jeunes est notamment associée au fait de rechercher des sensations fortes, d’avoir des échanges sexuels contre rémunération, d’avoir plus de 10 partenaires sexuels dans l’année ou de pratiquer des activités sexuelles « marginales ».

Les auteurs soulignent que les jeunes HSH sont plus susceptibles que leurs aînés d’être contaminés par leur partenaire stable du fait qu’ils sont moins nombreux à se protéger dans leurs rapports anaux avec des partenaires stables dont ils ne connaissent pas forcément le statut sérologique ou dans des configurations de couples ouverts.

Les données sur les pratiques préventives et de réduction des risques vis-à-vis du VIH dans l’EPGL 2011 présentées dans Eurosurveillance 2015 [47] montrent que le fait d’être âgé de moins de 30 ans est un des facteurs liés à l’absence de pratique perceptible de réduction des risques. Ce lien concerne les séropositifs avec infection contrôlée et les séronégatifs. Face à l’augmentation des nouveaux diagnostics de VIH chez les jeunes HSH de moins de 30 ans en Europe et plus particulièrement en France, les auteurs soulignent l’urgence de développer des actions de prévention ciblant les jeunes HSH.

Parallèlement, dans l’enquête GaySurvey 2012 réalisée en Suisse [29] la baisse importante de répondants déclarant se protéger systématiquement lors de la pénétration anale avec un partenaire occasionnel constatée en 2010 se confirme en 2012 passant de 81,5% à 65,7% entre 1992 et 2012. Cette tendance s’observe quelle que soit la tranche d’âge (+/- 30 ans).

En 2012, parmi les moins de 30 ans, 84% ont pratiqué la pénétration anale avec un partenaire occasionnel au cours des 12 derniers mois dont 30% ont eu des rapports non protégés. Globalement, ils sont 16% à mentionner au moins un rapport non protégé avec un partenaire de statut sérologique différent ou inconnu au cours des douze derniers mois.

Vulnérabilités sociales des jeunes HSH

Une proximité moindre avec l’épidémie

De manière générale, si les jeunes sont majoritairement bien informés sur le sida, leur perception de sa dangerosité a considérablement diminué ces dernières années et les enquêtes montrent une certaine régression des connaissances sur le sujet [11].

Les résultats de l’enquête KABP [Knowledge, Attitudes, Beliefs, Practices] - enquête évaluant périodiquement les connaissances, attitudes, croyances et comportements des Français face au VIH/sida - soulignent qu’entre 1994 et 2010, le score de connaissance des 18-30 ans n’a cessé de décroître. En 2010, les 18-30 ans, ont le niveau de connaissance le plus bas, alors qu’au début de l’épidémie de sida dans les années 90, ce sont chez les plus jeunes qu’on relevait les meilleures connaissances.

Les résultats d’un sondage mené début 2015 pour Sidaction montrent chez les jeunes un niveau élevé d’information mais des lacunes importantes et des clichés qui perdurent. Si 9 Français de moins de 25 ans sur 10 déclarent être bien informés sur le VIH, les idées fausses sont en augmentation et ils sont 23% (+ 10 points par rapport à 2009) à croire à tort qu’il existe des médicaments pour guérir du sida et 10% (+ 5 points) qu’en observant attentivement une personne on peut savoir si elle a le sida.

Dans un entretien accordé à la revue Transversal début 2015 [14], Michel Ohayon, directeur du centre de santé sexuelle le 190, pointe que ce manque de connaissances claires est d’autant plus inquiétante chez les jeunes HSH qui ne sont pas conscients de l’importance des contaminations par relations homosexuelles alors même que l’incidence de l’infection par le VIH est 200 fois plus élevée chez les homosexuels que les hétérosexuels. Il souligne également que nombre de jeunes gays « restent persuadés que le sida est un problème de classe qui ne concerne que les pauvres filles, les sans grade, les gens qui vont mal, les précaires, etc ». Cette ignorance marque, selon lui, une grande différence par rapport au début de l’épidémie : « ils ignorent la prévalence chez les gays, le rôle des IST comme porte d’entrée de l’infection par le VIH... ».

Discriminations, homophobie et risques suicidaires

La découverte de son homosexualité est souvent un moment difficile à gérer pour un adolescent. Dans un contexte social où l’hétérosexualité est la norme, et à un âge où l’identité sexuelle et affective constitue un enjeu majeur de construction individuelle et collective, l’homophobie, vécue ou intériorisée, peut avoir pour ces jeunes des conséquences importantes y compris sur leur état de santé.

Au-delà des impacts des situations discriminantes vécues, le fait d’être potentiellement discriminable partout et par tous, sans savoir ni où ni quand, a également des conséquences morales notamment chez les jeunes qui sont souvent encore dans un processus interne d’acceptation de leur orientation sexuelle. Ainsi, l’enquête de Sida Info Service auprès des personnes homo ou bi-sexuelles [9] montre que plus de huit participant-e-s sur dix vivent avec l’appréhension d’être discriminé(e)s en raison de leur orientation sexuelle et que cette crainte impacte leur bien-être mental de façon importante (22,1%) ou modérée (45,7%).

Le dispositif anonyme et gratuit Ligne Azur offre à toute personne s’interrogeant sur son orientation sexuelle un espace d’information, d’écoute et de soutien. En 2014, ce dispositif a réalisé près de 2 000 entretiens par téléphone et répondu à plus de 450 e-mails tandis que le site internet de Ligne Azur a comptabilisé 326 379 visiteurs soit une progression de 27,9% par rapport à l’année précédente [41]. Les moins de 20 ans représentent un quart des appelants et deux-tiers du public via les e-mails. Concernant le contenu des échanges, 41,8% des appelants sont à la recherche de soutien et les aspects psychologiques et relationnels sont fréquemment abordés -dire ou non son homosexualité (35,6%), isolement et solitude (31,8%) ou pressions psychologiques (20,5%) - tandis qu’un mal-être est perceptible dans la moitié des échanges.

Malgré les récents acquis sociaux, le rapport 2015 de SOS Homophobie [42] pointe que le contexte sociétal reste marqué par l’expression d’une homophobie prégnante et décomplexée qui, plus que jamais, impacte la vie et la santé des personnes concernées. En 2014, l’association a ainsi recueilli 2 197 témoignages, soit 41% de plus qu’en 2011 (dernière année précédant la loi sur le « mariage pour tou-te-s »). Internet, qui représente à lui seul 40% des cas d’homophobie recensés, est particulièrement marqué par la virulence des propos, probablement imputable à un sentiment d’impunité : injures, insultes mais aussi création d’espaces ouvertement homophobes incitant à la violence et à la haine.

Un dixième des témoignages (très majoritairement de jeunes) concernent des actes LGBTphobes de la part du milieu familial soit une hausse de 11%. L’association souligne que l’entourage proche, normalement synonyme de refuge, peut faire vivre un véritable calvaire notamment aux plus jeunes : réaction violente face au coming-out, insultes, interdiction de rentrer en contact avec leur partenaire voire véritable séquestration ou à l’inverse mise à la porte du domicile.

Le rapport 2014 « Les minorités sexuelles face au risque suicidaire » [2] rappelle que le lien entre orientation sexuelle et suicide est particulièrement fort et doit être pris en compte dans les recherches sur les discriminations. Les résultats de modélisations effectuées à partir du Baromètre santé 2010 montrent ainsi un risque deux à trois fois plus élevé de pensées suicidaires parmi les femmes et les hommes homo-/bisexuel(le)s que parmi les hétérosexuel(le)s.

Le premier rapport de l’Observatoire national du suicide, publié fin 2014 [32], souligne enfin que le modèle culturel hétérosexuel largement dominant et les différentes formes d’intolérance à l’homosexualité jouent un rôle important dans les comportements suicidaires chez les jeunes découvrant leur homosexualité ou s’interrogeant sur leur orientation sexuelle. Différentes études ont en effet mis en avant le rôle de l’homophobie comme facteur de risque de comportement suicidaire : les phénomènes d’exclusion, de mépris et de stigmatisation peuvent conduire à une perte d’estime de soi, une perte de confiance dans l’avenir et dans les autres. Ceci d’autant plus que les discriminations homophobes se caractérisent par la faiblesse du soutien de la famille (qui peut aussi être source de discrimination) ainsi que la faible intervention des adultes.

Ces facteurs ne sont pas sans effet sur l’estime de soi de ces jeunes et, in fine, sur leur capacité à prendre soin de leur santé et sur leur accès à la prévention et à une prise en charge. Les mineurs et jeunes majeurs ayant des rapports homo ou bisexuels sont pourtant peu pris en compte par les actions d’éducation à la vie affective et sexuelle en milieu scolaire.

Prise en compte de l’homosexualité dans l’éducation à la sexualité

En 2014, SOS Homophobie a recueilli 103 témoignages concernant le milieu scolaire et l’enseignement supérieur relatant notamment des insultes (59% des cas), des menaces (14%) ou du harcèlement (33%). Les victimes sont cibles de moqueries, de crachats, de jets de nourriture et autres sévices physiques par des agresseurs agissant souvent en groupe tandis que les camarades demeurent passifs-ves de peur d’être également pris pour cible. De plus, dans plus d’un cas sur cinq le personnel encadrant fait lui-même preuve de rejet ou d’immobilisme plus que de soutien.

Les associations intervenant dans le cadre scolaire rappellent que les actes homophobes peuvent prendre des dimensions encore plus destructrices lorsqu’elles touchent des adolescent-e-s et peuvent conduire les jeunes homosexuel-le-s à s’auto-dévaloriser et parfois même à adopter des comportements à risques. Elles préconisent notamment d’inscrire dans le règlement intérieur des établissements les sanctions encourues en cas de propos sexistes et homophobes, au même titre que les propos xénophobes ou racistes.

Dans son rapport sur les discriminations LGBT-phobes à l’école [43], remis en 2013 au Ministre de l’Education Nationale, Michel Teychenné souligne lui aussi que la stigmatisation permanente, même si elle ne vise pas explicitement et directement une « victime », peut entraîner de la honte, une perte d’estime de soi et la crainte permanente d’être « démasqué » ou harcelé avec pour conséquence un repli sur soi et l’augmentation de conduites à risques, notamment de rapports sexuels non protégés.

Il pointe que si différents textes législatifs rendent obligatoires l’éducation à la sexualité dans le cadre scolaire et définissent les modalités de mise en œuvre, ceux-ci ne sont que partiellement et inégalement appliqués et la question de l’homosexualité est rarement abordée lors des séances. Les livrets destinés aux enseignants et formateurs sur l’éducation à la sexualité n’abordent d’ailleurs pas la question de l’homosexualité sous l’axe d’une sexualité à part entière et les informations dispensées sont partielles voire partiales.

Fort de ce constat, le rapport recommande notamment :
-  d’intégrer les problématiques LGBT dans la formation initiale des enseignants tant sur les plans de la législation et de l’approche sociétale que sur celui de la prévention du suicide et des discriminations LGBT,
-  de faire évoluer et rendre effective l’éducation à la sexualité en renforçant la dimension sociale, humaine et affective de l’éducation à la sexualité et en y intégrant le respect de la diversité des sexualités,
-  de produire de nouvelles ressources et de nouveaux supports pédagogiques intégrant les problématiques LGBT en juste place.

La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) s’alarme également de la situation de certains jeunes homosexuels qui sont les principales victimes de l’homophobie ordinaire. Dans un avis de juin 2014 sur les violences et discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre [7], elle rappelle que l’Education Nationale a un rôle primordial à jouer dans la sensibilisation des jeunes à la lutte contre les LGBT-phobies et recommande d’encourager et de renforcer les actions préventives sur la question des violences et des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle.

Internet, applications et prévention

Parce qu’il offre un accès massif à l’information, un terrain de divertissement et de communication beaucoup plus vaste que les autres médias, Internet fait désormais partie intégrante de la vie des adolescents et jeunes adultes. Les nombreux supports qui permettent d’y être connecté, la multiplication des réseaux sociaux et leur place grandissante dans les pratiques de communication interpersonnelle en font le premier média consommé par les moins de 25 ans.

Les auteurs de l’enquête Net Gay Baromètre soulignent qu’internet favorise, par son anonymat et sa facilité d’accès, l’exploration affective et sexuelle des jeunes HSH tandis que les réseaux sociaux se présentent désormais comme des espaces supplémentaires, voire alternatifs, aux lieux de rencontre commerciaux, associatifs et publics traditionnels. Selon les premiers résultats du Net Gay Baromètre 2009 [27] les jeunes HSH sont 74,2% à considérer qu’internet à un impact positif sur les rencontres socio-sexuelles et 96,3% d’entre eux citent internet comme espace privilégié à des fins de rencontre. Les moins de 25 ans sont plus nombreux à utiliser internet pour socialiser (91% vs 85,9% pour l’ensemble des répondants), pour des raisons affectives (68,1% vs 57,5%) et pour trouver du soutien médical ou psychologique (8,2% vs 7,2%). Par contre, ils sont moins nombreux à utiliser internet pour trouver des aventures sexuelles (62,2% vs 76,9%) ou faire du cybersexe (57,6% vs 62,7%).

Une étude parue dans le Journal of Sex Research sur l’utilisation d’internet par les hommes gays et bisexuels [19] montre que ceux-ci se sont très tôt approprié les nouvelles technologies notamment pour chercher des informations en lien avec leur santé afin de palier les difficultés à obtenir des réponses auprès de sources classiques. Les auteurs d’une revue de la littérature sur la nécessité d’offrir des services de santé adaptés aux jeunes [12] notent en effet un manque de connaissances des acteurs vis-à-vis des besoins spécifiques des jeunes HSH. La majorité des répondants d’une étude américaine auprès de professionnels de santé déclarent ainsi ne pas aborder l’orientation sexuelle avec un jeune sexuellement actif. Les jeunes LGBT sont également moins enclins que les hétérosexuels à s’adresser aux services de santé scolaires par crainte de réactions négatives et émettent des doutes quant à la confidentialité des échanges.

Parallèlement, les sites de rencontre ciblant les HSH se sont développés tout comme ceux plus libertins visant la recherche de partenaires sexuels occasionnels ou de cybersexe. Dès 2009, avec le lancement de Grindr, le marché des applications sexuelles à destination des gays sur les smartphones et tablettes s’est rapidement développé. Grindr est une application de rencontres destinée aux HSH permettant de discuter et d’échanger des photos avec des hommes géolocalisés autour de soi. En 2013, Grindr comptabilisait plus de 7 millions d’utilisateurs dans 192 pays [18]. Quotidiennement, plus de 1,2 million d’hommes se connectent à l’application et échangent plus de 30 millions de messages et 2 millions de photos. Les utilisateurs consultent Grindr en moyenne 8 fois par jour et passent près de 2h sur l’application.

Usage des applications

Les auteurs de l’étude sur l’utilisation d’internet par les hommes gays et bisexuels [19] soulignent que les résultats des enquêtes menées sur le lien entre internet et prises de risques sexuels sont contradictoires. Ainsi, les utilisateurs ayant un passé de pratiques à risques peuvent utiliser Internet comme un moyen efficace de trouver des partenaires avec le même profil. L’anonymat et la distance permis par internet favorisent en effet l’expression de désirs particuliers (barebacking, fist-fucking,...). D’un autre côté, cette situation peut aussi faciliter les échanges autour des préservatifs et du statut sérologique qui peuvent s’avérer malaisés et complexes dans la vie réelle. Les informations comprises dans les pseudos et les profils offrent la possibilité de filtrer les profils des personnes avec lesquelles entrer en relation.

Entre octobre 2010 et mars 2011, Landovitz et al. ont recruté 375 HSH de 18 à 29 ans utilisateurs de Grindr dans des lieux fréquentés par la communauté gay dans la ville de Los Angeles [24]. Concernant les relations sexuelles arrangées via l’application, 35,9% répondants déclarent ne pas utiliser Grindr pour trouver des partenaires sexuels tandis que 45,3% ont des relations sexuelles occasionnellement (moins d’une fois par semaine), 7,7% une fois par semaine, 5,3% plusieurs fois par semaine et 1,6% au moins une fois par jour. Plus de 8 jeunes sur 10 a fait un test dans les 12 derniers mois et seuls 15 HSH (4,8%) n’ont jamais fait de test de dépistage du VIH dont 15 déclarent des pénétrations anales dans les 12 derniers mois. Concernant les prises de risques, 46,1% des répondants déclarent au moins une pénétration anale non protégée dans les 3 derniers mois, parmi lesquels 70% pensent être qu’il est peu probable, ou très peu probable, qu’ils se contaminent par le VIH.

La même année, Rice et al. ont interrogé 195 jeunes HSH âgés de 18 à 25 ans utilisateurs de Grindr dans le comté de Los Angeles sur leurs pratiques sur l’application [36, 37]. Plus des deux-tiers s’y connectent quotidiennement (28,7% entre 1 et 4 fois par jour et 49,7% 5 fois ou plus). Interrogés sur leur principale raison d’utiliser l’application, 26,7% déclarent chercher une relation sexuelle occasionnelle, 22,1% quelqu’un pour une relation, 21,5% pour passer le temps et 20,5% pour se faire de nouveaux amis. L’analyse des pratiques sexuelles montre qu’un quart des répondants déclarent ne jamais avoir eu de relation sexuelle avec quelqu’un rencontré sur Grindr. Parmi les 144 jeunes ayant eu des relations sexuelles, 72% ne rapportent pas plus de pénétrations anales non protégées avec les partenaires trouvés sur l’application qu’avec ceux rencontrés par un autre moyen. Enfin, ils ont été interrogés sur leurs pratiques sexuelles avec leur dernier partenaire (82 rencontrés via Grindr et 62 par un autre moyen) :

Une étude complémentaire [20] a permis de mieux cerner l’utilisation des technologies par ces jeunes que ce soit pour chercher une relation ou des informations. Ils sont ainsi 71% à fréquenter aussi les sites de rencontre sur internet et 46% à utiliser au moins une autre application. La comparaison des motifs de recours à Grindr et aux sites de rencontre montre que l’application est plus souvent utilisée pour se faire de nouveaux amis (78% vs 42%), pour passer le temps (86% vs 64%) ou pour se connecter à la communauté gay (64% vs 42%). Concernant la principale raison d’utiliser cette technologie, une part plus importante des répondants citent la recherche de partenaires pour une relation sexuelle occasionnelle sur les sites de rencontre (42%) que sur Grindr (29%).

Globalement, près de 9 répondants sur 10 rapportent avoir déjà cherché des informations sur le VIH ou d’autres IST sur internet et 8 sur 10 y avoir cherché où pouvoir faire un test de dépistage. Internet est d’ailleurs la première source d’information citée (39%) devant les centres de dépistage du VIH et des IST (25%) et les professionnels de santé (24%). Les auteurs de l’étude soulignent l’importance de développer des stratégies de prévention qui soient attrayantes, engageantes, informatives et culturellement pertinentes pour la génération numérique des jeunes HSH. Ils proposent notamment la création d’un programme présentant les coordonnées des centres de dépistage les plus proches et qui pourrait être intégré dans des plateformes déjà existantes comme Grindr.

Internet et applications : nouveau vecteur de prévention

Face à l’importance du recours des HSH, et notamment des jeunes, aux vecteurs numériques pour communiquer avec d’autres hommes que ce soit dans le but de rencontres romantiques ou de plans sexuels, différentes initiatives se sont développées telles que la création d’espaces d’information ou de forums de discussion autour de la prévention sur certains sites et applications de rencontre.

En 2014, à l’invitation de la San Francisco AIDS Foundation et de l’amfAR, les représentants de 7 des plus importants sites/applications se sont rencontrés avec des organismes de santé publique et de lutte contre le sida américains dans le but d’élaborer un plan commun d’information et de prévention du VIH sur ces plates-formes [38]. La réunion a abouti à un ensemble de recommandations :
- promouvoir le dépistage du VIH ainsi que des autres IST,
- réduire la stigmatisation associée à l’infection à VIH en encourageant par exemple l’utilisation de termes non péjoratifs pour décrire les profils recherchés,
- collaborer avec les acteurs du secteur sanitaire pour diffuser des informations actualisées et pertinentes voire relayer les évolutions et recommandations en termes de dépistage ou de prévention combinée.

En France, différents acteurs, comme l’association AIDES [1], ont investi l’écosystème digital à travers leurs campagnes d’information et de prévention mais aussi avec la présence de militants sur différents sites et applications de drague incontournables. Ces acteurs peuvent engager la discussion avec les internautes et utilisateurs d’applications ou faire la promotion de leurs actions notamment celles concernant le dépistage ou les rencontres ciblant des publics spécifiques. Sur les réseaux virtuels les questions sont variées et les échanges souvent plus francs et décomplexés du fait que les personnes se sentent à l’abri derrière leur écran et libres de parler.

Face au constat d’un manque flagrant de réponses adaptées aux jeunes gays, le CRIPS Ile-de-France a pour sa part commencé à développer une application spécifique de prévention ludique « Tony Jeune Gay » destinée à ce public souvent connecté [10]. L’objectif de cette application est de mettre à disposition des jeunes HSH un service personnalisé à travers leur téléphone mobile leur permettant de s’informer sur les IST et les comportements de prévention, de développer leurs capacités à auto-évaluer leur santé sexuelle et de leur permettre d’identifier les structures ressources adaptées à leurs besoins. Elle s’articule autour d’un personnage central - Tony, jeune gay - qui tient le rôle de conseiller et de « grand frère » ayant lui-même vécu les problématiques auxquelles les jeunes sont confrontés et proposera, entre autres, des quizz personnalisés permettant d’évaluer ses prises de risques sexuels et de réfléchir à son bien-être psychique.

Conclusion

Aujourd’hui encore, dans un contexte qui reste hétérocentré et où la parole homophobe tend à se décomplexer, la découverte de son homosexualité reste souvent un moment difficile à gérer pour un adolescent et la crainte de la discrimination voire du rejet peut avoir pour ces jeunes des conséquences importantes y compris sur leur état de santé.

Les jeunes HSH représentent une population particulièrement touchée par l’épidémie de VIH et l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) souligne d’ailleurs que « le nombre croissant de diagnostics chez les HSH de moins de 25 ans incite à cibler cette population dans les campagnes de prévention ». Parallèlement la place des nouvelles technologies de communication dans la biographie sexuelle des jeunes homosexuels en font un bon vecteur pour atteindre ce public et invite à réfléchir sur la manière d’intégrer ces canaux de communication et leurs codes spécifiques dans l’élaboration de nouvelles campagnes d’information et de prévention.

Enfin, si le concept de prévention combinée fait foi, l’InVS note que le niveau de dépistage et de contrôle de l’infection à VIH restent encore insuffisant pour inverser la tendance de l’épidémie alors que l’usage du préservatif diminue. Il est donc important de développer des programmes adaptés alliant promotion et accès aux outils préventifs dont le préservatif, incitation au dépistage régulier, offre de traitement ainsi que suivi des IST, le tout dans une approche de santé globale tant physique que psychique. Si les approches comportementales et l’effort d’information restent particulièrement légitimes et nécessaires auprès des jeunes HSH, la cascade française de la prise en charge nous apprend que chez eux comme chez leurs aînés, les enjeux liés à la connaissance de leur statut sérologique et à la mise sous traitement précoce sont primordiaux pour espérer casser la dynamique de l’épidémie.


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