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L’hépatite C en milieu carcéral

Synthèse documentaire, février 2007

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Sommaire

LE CONTEXTE EPIDEMIOLOGIQUE

LA SITUATION EN REGION PACA

LES FACTEURS DE RISQUES

LA PREVENTION

BIBLIOGRAPHIE


La loi n°94-43 du 18 janvier 1994 relative à la santé publique et à la protection sociale [1] a fait évoluer la prise en charge sanitaire des personnes détenues en transférant la responsabilité de la santé en prison du ministère de la Justice vers le ministère de la Santé. A ce jour, l’ensemble des établissements pénitentiaires est doté d’Unités de Consultations et de Soins Ambulatoires (UCSA). De même cette loi a pour objectif d’assurer aux personnes détenues une qualité et une continuité de soins équivalentes à celles dont bénéficie l’ensemble de la population.

LE CONTEXTE EPIDEMIOLOGIQUE

Les données épidémiologiques disponibles en France nous montrent que les prisons sont des lieux de haute prévalence du VIH et des hépatites virales. En effet, une enquête réalisée entre 2003 et 2004 par l’InVS en partenariat avec la CNAM [2] montre que les personnes ayant connu au moins un épisode d’incarcération ont un taux de prévalence de l’hépatite C presque 10 fois supérieur à celui de la population générale (7,12% contre 0,77%).

Ces chiffres sont corrélés par deux études réalisées en 2003 concernant l’hépatite C en prison : l’enquête « un jour donné » de la Direction de l’Hospitalisation et l’Organisation des Soins (DHOS) sur les personnes détenues atteintes par le VIH et le VHC en milieu pénitentiaire [3] et les premières données du Premier Observatoire en Prison de l’Hépatite C (POPHEC) qui regroupe environ 50 % des UCSA [4]. L’étude de la DHOS relève une prévalence du VHC en prison de 4,2% tandis que le POPHEC l’évalue à 7,1%.

Une étude de la DREES sur la santé des personnes entrées en prison en 2003 [5] indique que 30% des nouveaux détenus déclarent avoir fait un test de dépistage de l’hépatite C et 3,1% être contaminés mais très peu de ces derniers (1,5%) déclarent un traitement en cours par médicament antiviral. Environ 6,5% des entrants en prison déclarent avoir consommé une drogue par voie intraveineuse au moins une fois au cours de leur vie. Ces derniers sont plus nombreux que les autres à avoir eu recours au dépistage. En 2003, le dépistage du VHC a été proposé par le médecin lors de l’examen d’entrée à 66% des nouveaux détenus.

LA SITUATION EN REGION PACA

L’enquête réalisée par l’InVS et la CNAM [2] au niveau national montre que la région PACA est particulièrement touchée avec un taux de prévalence en population générale estimé à 1,3% soit l’un des plus élevés de France.

Dans le cadre du Programme Régional de Santé « Agir contre l’hépatite C » en PACA, prolongé par le programme 15 du PRSP, un dispositif de surveillance continue a été mis en place en 2004 auprès des Centres de Dépistage Anonyme et Gratuit (CDAG) et des Centres d’Examen de Santé (CES) effectuant des tests de dépistage en PACA [6]. Dix-neuf CDAG dont trois CDAG d’établissements pénitentiaires (Maisons d’Arrêt des Baumettes, de Luynes et de Grasse) et deux CES participent à ce système de surveillance.

Les premiers résultats montrent une prévalence du VHC chez les consultants testés de 2,3% avec une prévalence plus élevée parmi les consultants testés en milieu pénitentiaire. Ainsi, pour les CDAG pénitentiaires, 7,9% des tests effectués se sont révélés positifs (58 sur 734 tests réalisés).

LES FACTEURS DE RISQUES

Les résultats de l’enquête Coquelicot [7] montrent qu’environ 60% des usagers de drogues pris en charge dans les structures d’accueil spécifiques ont été incarcérés au moins une fois. Ce qui explique une forte prévalence du VIH et des hépatites virales parmi les personnes entrant en prison par rapport à la population générale, l’incarcération étant parfois l’occasion d’un accès à un système de soins et donc un accès au dépistage.

Les contaminations surviennent aussi en détention et montrent l’existence de pratiques sexuelles et d’usage de drogues à l’intérieur de la prison. Dans ce contexte de clandestinité, les injections sont souvent l’occasion de pratiques de partage du matériel et de réutilisation des seringues. De plus, tatouage et piercing sont fréquemment pratiqués en prison et les règles élémentaires d’hygiène de ces actes avec effraction cutanée peu respectées. L’enquête Coquelicot [7] montre que 12% des usagers de drogues ayant été incarcérés ont eu recours à l’injection en prison dont 30% ont partagé une seringue. L’interdiction réglementaire des pratiques sexuelles et d’usage de drogues à l’intérieur des établissements pénitentiaires pose des problèmes d’organisation de la réduction des risques et des mesures de prévention qui connaissent des inégalités d’application.

LA PREVENTION

Les actions en milieu carcéral visent à améliorer l’accès et les conditions de dépistage, développer l’accès aux traitements et prévenir l’apparition de nouveaux cas d’infection. Ceci passe par une sensibilisation des détenus vis-à-vis des règles d’hygiène générale et des pratiques à risques [8]. Ainsi, une trousse d’hygiène est distribuée à tout détenu arrivant afin d’éviter le partage d’objets courants tel le rasoir. Elle contient également un flacon d’eau de Javel permettant la désinfection de matériel, mais il n’existe pas de mise à disposition de matériel d’injection stérile [9]. Les préservatifs ne sont disponibles que sur demande, le plus souvent auprès du personnel médical ou infirmier de l’UCSA.

En ce qui concerne la réduction des risques, une amélioration au cours des dernières années est à noter dans le domaine des traitements de substitution aux opiacés selon l’étude Impact sur la Réincarcération des Conduites Addictives et des Médicaments de Substitution (IRCAMS) portant sur 500 détenus entre juin 2003 et septembre 2004 [10]. Les résultats montrent qu’environ 80% des sujets identifiés comme dépendants aux opiacés bénéficient de la prescription d’un traitement substitutif. Le traitement a été reconduit pour 90% des personnes qui en bénéficiaient avant l’incarcération, mais n’est initié que dans moins d’un cas sur deux parmi ceux qui n’en bénéficiaient pas auparavant ce qui est encore insuffisant.


BIBLIOGRAPHIE

[1] MINISTERE DES AFFAIRES SOCIALES DE LA SANTE ET DE LA VILLE
Loi n°94-43 du 18 janvier 1994 relative à la santé publique et à la protection sociale
Journal Officiel de la République Française, n°15, 1994, p. 960

[2] INSTITUT DE VEILLE SANITAIRE, CAISSE NATIONALE DE L’ASSURANCE MALADIE ET DES TRAVAILLEURS SALARIES, CENTRE TECHNIQUE D’APPUI ET DE FORMATION DES CENTRES D’EXAMENS DE SANTE
Estimation des taux de prévalence des anticorps anti-VHC et des marqueurs du virus de l’hépatite B chez les assurés sociaux du régime général de France métropolitaine, 2003-2004
Saint-Maurice : InVS, 2005, 14 p.

[3] DIRECTION DE L’HOSPITALISATION ET DE L’ORGANISATION DES SOINS
Enquête un jour donné sur les personnes détenues atteintes par le VIH et le VHC en milieu pénitentiaire : résultats de l’enquête de juin 2003, 2004
consultable en ligne : http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/vih_prison/accueil.htm

[4] SANCHEZ G
Le traitement du VHC en prison : le foie, une bombe sous les barreaux
Journal du sida, n°185, 2006, pp. 9-12

[5] MOUQUET M-L, DIRECTION DE LA RECHERCHE, DES ETUDES, DE L’EVALUATION ET DES STATISTIQUES
La santé des personnes entrées en prison en 2003
Etudes et résultats, n° 386, 2005, 12 p.

[6] OBSERVATOIRE REGIONAL DE LA SANTE PACA, ARSAC M
Surveillance continue du virus de l’hépatite C dans les centres de dépistage anonyme et gratuit et centres d’examen de santé de la région PACA : synthèse de l’analyse des données recueillies au cours de l’année 2004
La Lettre d’info du système de surveillance du VHC en PACA, n°1, 2005, 4 p.

[7] JAUFFRET-ROUSTIDE M, COUTURIER E, LE STRAT Y, et al.
Estimation de la séroprévalence du VIH et du VHC et profils des usagers de drogues en France, étude InVS-ANRS Coquelicot, 2004
BEH (Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire), n° 33, 2006, pp. 244-247

[8] CHOSSEGROS P
Hépatites virales en milieu carcéral
Réseaux Hépatites, n°31, 2004, pp. 6-7

[9] DIRECTION DE L’ADMINISTRATION PENITENTIAIRE
Circulaire AP n°2020 du 5 novembre 1997 relative à la distribution systématique d’eau de Javel aux personnes détenues

[10] MARZO J-N, ROTILY M, MEROUEH F, et al.
Traitement de substitution aux opiacés à l’entrée en milieu carcéral : résultats initiaux de l’étude prospective IRCAMS
Courrier des addictions, n°4, 2006, pp. 96-98