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Place d’internet et du numérique dans la vie relationnelle et sexuelle des jeunes

Dossier de synthèse documentaire et bibliographique, novembre 2017


Sommaire

Données de contexte : pratique et usages du numérique par les jeunes

Web 2.0 : espace de socialisation et de construction identitaire
- Continuité et discontinuité entre vie réelle et numérique
- Socialisation et construction identitaire en ligne

Extimité, nouveau rapport à l’intimité et images de la sexualité dans les médias
- Processus d’extimité
- Stéréotypes de genre et représentations médiatiques de la sexualité
- Le sexting

Focus - Jeunes homosexuels et sites/applications de rencontre

Internet comme source d’information en santé sexuelle
- Significations pour les jeunes
- La présence sur Internet : un nouvel enjeu pour la prévention

Allier éducation à la sexualité, éducation à l’image et éducation aux médias
- Web 2.0 - espace de droit
- Education aux médias et à l’information et Parcours citoyen dans le cursus scolaire

Conclusion

Bibliographie


Parce qu’il offre un accès massif à l’information, un terrain de divertissement et de communication beaucoup plus vaste que les autres médias, Internet fait désormais partie intégrante de la vie des adolescents et jeunes adultes. Les nombreux supports qui permettent d’y être connecté, la multiplication des réseaux sociaux et leur place grandissante dans les pratiques de communication interpersonnelle en font le premier média consommé par les moins de 25 ans. Les actions d’éducation à la vie affective et sexuelle, qui doivent prendre en compte l’environnement culturel des jeunes, ne peuvent ignorer cette réalité et faire l’impasse sur la place et les pratiques du numérique dans la vie des jeunes. Il s’agit donc de mieux appréhender le sens que revêtent ces pratiques pour les jeunes afin de les aider à développer une utilisation responsable et critique des médias.

Données de contexte : pratique et usages du numérique par les jeunes

Les enquêtes annuelles du CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Consommateurs) [16, 17, 18] sur les conditions de vie et les aspirations des Français permettent de dresser un état des lieux de la couverture numérique au sein de la population et des spécificités des moins de 25 ans.

Les exercices successifs de l’étude Junior Connect’ [32, 33, 34] auprès des 13-19 ans confirment l’augmentation du temps consacré globalement à Internet par les jeunes qui atteint 15h11 par semaine en 2017 (14h10 en 2016, 13h41 en 2015) contre seulement 12h20 en 2012. Dans l’étude Génération Numérique sur l’usage des réseaux sociaux par les 11-18 ans [28], un tiers des répondants se connectent à Internet moins de 5 fois par jour et 3 sur 10 plus de 10 fois (15% 20 fois ou plus). 4 adolescents sur 10 déclarent qu’il leur arrive de rester éveillés ou de se réveiller pour aller sur Internet la nuit.

S’agissant des réseaux sociaux plus spécifiquement, si la pratique est en hausse constante depuis 2009 à l’échelle européenne, les Français eux sont plutôt en retrait sur cette pratique (48% les utilisent au moins une fois par semaine vs 54% moyenne UE). Dans le même temps, la défiance envers les réseaux sociaux est extrêmement développée dans notre pays où 74% des Français n’auraient pas confiance soit 15 points de plus que la moyenne de l’UE.

Les moins de 25 ans consomment davantage de contenus sur les réseaux sociaux que les autres tranches d’âge mais à l’inverse ne sont pas plus contributeurs que les plus âgés.

Si les moins de 25 ans intègrent massivement leurs amis dans leur réseau relationnel numérique, ils sont en revanche les moins enclins à y intégrer des inconnus. L’intégration de membres de la famille proche comme de personnes rencontrées de façon épisodique est peu dépendante de l’âge.

Globalement, 90% des 15-18 ans sont inscrits sur un ou plusieurs réseau(x) sociau(x).

Sur le réseau qu’ils utilisent le plus, 23% déclarent comptabiliser plus de 400 contacts, 15% entre 200 et 400, 31% de 50 à 200 et 31% moins de 50.

Parmi les 15-18 ans, 49% des filles et 61% des garçons déclarent avoir déjà communiqué avec des inconnus et plus de 4 sur 10 ont déjà rencontré physiquement certains de ces inconnus.

L’étude Junior Connect’ [32] (auprès d’une tranche d’âge plus large) montre une évolution des pratiques entre 2015 et 2017 :
- explosion de la consommation de vidéos notamment sur Youtube
- stagnation de la popularité de Facebook
- attractivité croissante de Snapchat et Instagram basés sur une communication visuelle

L’association Génération Numérique s’est aussi intéressée à la protection de leurs données personnelles par les jeunes. Si 7 jeunes sur 10 ont paramétré leurs comptes pour protéger leurs infos personnelles et les contenus qu’ils publient, un peu plus de 2 sur 10 ont déjà communiqué leurs mots de passe à un ami [26].

En termes de contenus publiés, les filles s’avèrent bien plus nombreuses à diffuser des photos d’elles ou de leur entourage, quand les garçons eux, partagent davantage des informations sur leurs activités. Les filles sont par ailleurs plus précautionneuses et soucieuses de l’avis des autres quand il s’agit de publier quelque chose sur Internet.

Dans le Baromètre numérique 2017 [16], 51% des répondants déclarent avoir déjà supprimé ou renoncé à publier un message sur un réseau social pour protéger leur vie privée. L’analyse générationnelle montre que les jeunes sont les plus prudents en la matière : 57% des 12-17 ans et 68% des 18-24 ans.

Enfin, les jeunes ont également été interrogés sur les contenus choquants [27] qu’ils avaient pu rencontrer. Parmi les jeunes concernés, 4 sur 10 n’ont parlé à personne de ces contenus tandis que 45% en ont parlé à une personne de leur âge et 13% à un adulte.

Les adolescents, filles comme garçons, sont de plus en plus nombreux à avoir déjà surfé sur un site pornographique, tandis que l’âge moyen du premier visionnage est en baisse [31].

Les filles déclarent plus souvent avoir effectué ce premier visionnage avec leur partenaire ou des amis, tandis que l’expérience s’est faite en solitaire pour la grande majorité des garçons.

Web 2.0 : espace de socialisation et de construction identitaire

Continuité et discontinuité entre vie réelle et numérique

Pour Dana Boyd, professeure associée à l’université de New-York, les réseaux sociaux sont en fait « un espace public dans lequel les adolescents traînent pour lutter contre l’ennui, pour y rencontrer d’autres jeunes, y faire l’apprentissage des conduites à adopter et des codes de langage à tenir » [15].

Les mondes virtuels et réels des jeunes ne doivent pas être différenciés ni opposés mais considérés comme la continuité l’un de l’autre. La toile est en fait un outil, parmi d’autres, qui relie les jeunes générations avec la société et entre eux [17]. Les formes connectées et déconnectées de sociabilité se renforcent et se complètent bien plus qu’elles ne se concurrencent et une part importante des échanges via internet se fait entre personnes qui se connaissaient déjà dans la vie réelle. Le web est donc devenu, pour la grande majorité des jeunes, un « espace de vie banal dans lequel on se rend quotidiennement pour échanger, interagir, jouer, travailler ou commercer ».

Cependant, plusieurs chercheurs [6, 21, 22] soulignent l’existence d’une injonction numérique pointant que les réseaux sociaux bénéficient aussi d’un « effet de club » au sein d’une culture jeune où la normativité et la pression au conformisme sont prononcées. Un certain nombre d’adolescents seraient actifs sur les réseaux sociaux en premier lieu pour ne pas être rejetés, parce qu’il faut « en être » pour pouvoir s’intégrer dans le groupe, pour ne pas être « hors du coup ».

En ligne comme dans la vie réelle, les jeunes cherchent à se distancier de leurs parents (volonté d’autonomie, d’indépendance) et à s’intégrer parmi leurs pairs [8, 9, 10]. Deux grandes logiques sous-tendent les usages des médias par les jeunes : d’une part l’intégration dans un groupe et d’autre part la recherche identitaire, processus représentatifs de la période adolescente. Pour certains jeunes, le numérique offre donc avant tout des espaces alternatifs d’intégration sociale grâce à des outils leurs permettant de rester sans cesse connectés, en relation avec leur groupe de copains et en évitant un certain contrôle parental [21]. Cependant, l’hyper-connectivité engendrée par les nouveaux outils numériques entraine aussi une injonction à la disponibilité permanente qui peut renforcer le contrôle parental (rester joignables partout et n’importe quand grâce au téléphone portable, accepter ses parents en amis sur Facebook,...).

Socialisation et construction identitaire en ligne

Le web remplit plusieurs fonctions majeures dans la construction identitaire des adolescents :
- Communiquer :
pages Facebook, comptes Instagram et autres s’ajoutent, sans s’y superposer totalement, aux autres outils de communication. Si les commentaires sont souvent anodins, ils permettent de prolonger les relations de pairs en face à face.
- Objectiver son capital relationnel :
ce qui est partagé, ou ce qui est dit à/sur autrui, importe moins que le simple fait d’afficher l’autre parmi ses proches. Il s’agit presque plus de manifester l’existence du lien amical que de délivrer un message.
- Evaluer son potentiel social et affirmer son identité :
Les jeunes se soumettent, à travers leurs publications, au regard des autres. Ils se placent en tant qu’observateurs et évaluateurs des profils de leurs amis tout en recherchant les appréciations des autres. La première motivation des jeunes quant à leurs publications en ligne est en effet l’espoir d’en obtenir des retours de la part des autres. Comme dans toutes les scènes où s’exerce la sociabilité juvénile, les pairs sont investis du pouvoir de valider ou d’invalider ce qu’on montre de soi.

Globalement, tous les utilisateurs interrogés par le CREDOC [17] s’accordent sur le fait que l’utilité principale des réseaux sociaux est de créer ou d’entretenir du lien. Faciles d’accès et d’utilisation, les adolescents y voient un espace pour affirmer leur identité juvénile où ils peuvent contrôler ce qu’ils donnent à voir d’eux-mêmes et gérer leurs réseaux de correspondants et d’amis. Dans cette dynamique, les réseaux sociaux sont tout à la fois un instrument et un marqueur de la construction identitaire [22].

Les réseaux sociaux deviennent des lieux pour traîner ensemble de manière publique notamment en postant des photos de soi-même, avec ses amis ou en laissant des messages sur les murs de ces derniers [6]. Ils incitent les adolescents à une mise en scène de leur identité via le partage d’informations et une sociabilité de tous les instants. Il se crée, de fait, une pression, toujours plus forte à entretenir et à témoigner continuellement du lien social à travers la production d’une documentation des moments partagés (enregistrer, dater, copier, partager,…). C’est pourquoi certains auteurs sont critiques vis-à-vis du potentiel des outils numériques comme supports de construction identitaire : il existe en réalité un décalage entre ce que l’on veut montrer et dire de soi et les retours qu’on en a de la part des internautes. Pour eux, l’exigence et l’urgence de nourrir en permanence le soi numérique compromet le développement d’un soi consistant et autonome.

Par ailleurs, le web participatif peut aussi ouvrir le champ de possibles dérapages [6]. Il peut arriver aux jeunes, seuls ou à plusieurs, de « délirer », de parodier une situation ou de ridiculiser une personne, voire de l’agresser verbalement. Ces actes peuvent être prolongés, amplifiés par d’autres internautes à coup de likes, de commentaires ou de transferts. Les propos délictueux et les agressions verbales semblent faciles sur des plateformes où on peut agir anonymement, sans s’exposer aux regards des autres et disparaître en un clic de souris. En ligne, comme sur la voie publique, l’anonymat est un des facteurs qui explique le développement de comportements antisociaux qu’il s’agisse d’adolescents ou d’adultes. Les agressions dont peuvent être auteurs ou victimes les adolescents en ligne peuvent prendre des formes variées : diffusion de fausses informations, propos offensants, publication de photo/vidéo sans autorisation de la personne concernée, menace, harcèlement,...

Si ces événements problématiques font souvent l’objet de médiatisation ou de réaction institutionnelle alarmiste, il est important d’insister sur le fait que les médias sociaux sont tout sauf des zones de non droit. Ce sont des espaces réglementés dans lesquels la politesse, la bienveillance et le devoir de réciprocité sont très présents [9]. Il existe une règle tacite impliquant « une orientation positive des échanges » dont le premier principe est que le plus souvent, « on approuve ou on s’abstient » : on félicite comme il se doit, on « like » et on remercie de ces gratifications. Le respect ou non de ces conventions sociales tacites est un indicateur probant d’(im)popularité.

Enfin, Claire Balleys, docteure en sociologie de la communication et des médias, souligne que les clivages sociaux, de classe et de genre perdurent sur les plateformes numériques [9]. Aujourd’hui, la notion de fracture numérique ne réside plus tant dans l’accès à Internet lui-même que dans la façon dont cet accès sera ou non source de potentialités économiques ou sociales : développement d’un réseau professionnel, valorisation de ses compétences, enrichissement culturel et intellectuel, etc. Cette fracture découle d’autres inégalités notamment éducatives : même si l’accès à l’information est techniquement simplifié, les jeunes ne disposent pas tous des mêmes compétences pour comprendre, s’approprier et exploiter les ressources auxquelles ils peuvent avoir accès.

De plus, l’entre-soi physique et l’entre-soi numérique se font écho et se nourrissent mutuellement. L’absence de mobilité physique ou sociale (hors du quartier ou du réseau de telles grandes écoles par exemple) se traduit par un cercle médiatique restreint et peu varié. De fait, malgré la diversité potentielle des ressources et des cultures en ligne, ce sont les relations entre pairs - les semblables - qui prédominent, les technologies ne séparant ni ne réunissant les individus issus de différentes cultures et classes sociales.

Extimité, nouveau rapport à l’intimité et images de la sexualité dans les médias

Processus d’extimité

L’engouement pour le web 2.0 s’est accompagné d’une forte augmentation de la visibilité de contenus personnels voire intimes. La diffusion de ces contenus, jusqu’alors largement invisibles ou circonscrits dans la sphère privée, a engendré beaucoup de questionnements et de craintes. Ce phénomène - conceptualisé sous la notion d’extimité par le psychanalyste Serge Tisseron [41] - traduit le processus par lequel les membres d’une communauté virtuelle exposent une partie, voire beaucoup, de leur intimité sur la toile dans une démarche de mise en scène de soi. Notons que ce désir d’extimité est étroitement tributaire de la satisfaction du désir d’intimité : c’est parce qu’on sait pouvoir se cacher qu’on désire dévoiler certaines parties privilégiées de soi.

Concernant les adolescents, Balleys et Coll soulignent que si les jeunes communiquent beaucoup autour de leur vie privée, ils ne donnent en fait à voir qu’une partie restreinte et réfléchie de leur intimité [10]. La vie privée ne représente en effet une ressource symbolique - c’est-à-dire qu’elle est valorisable vis-à-vis des pairs - non pas du seul fait d’exister mais surtout du fait d’être visible de tous. Cette mise en scène publique de la vie privée devient indispensable à l’acquisition du prestige à l’adolescence. Les réseaux sociaux constituent donc pour les jeunes des espaces de communication dans lesquels les amitiés, et à plus forte raison les couples, doivent savoir se rendre visibles et se mettre en scène. Il s’agit de montrer qu’une complicité existe, que le lien possède une forme d’exclusivité et d’authenticité. Cependant, si l’intimité est rendue visible dans son existence, son contenu est gardé secret. Si les jeunes investissent l’espace public numérique comme une scène sur laquelle ils sont en représentation, en revanche, l’accès aux propos tenus dans l’espace privé reste jalousement défendu et réservé à certains élus triés sur le volet. Les photos et captures d’écran (extraits de conversation SMS par exemple) viennent documenter et entériner publiquement les différents liens d’amitié ou officialiser les nouveaux couples.

Les photos numériques apparaissent de plus en plus comme un prolongement de soi et de son univers sur la toile. Ainsi, les moins de 25 ans sont 83% à partager photos et vidéos (contre 51% des internautes en général) [42]. Ils publient des photos d’eux-mêmes (43% contre 19% des internautes) et de leurs amis ou de leur famille (39% vs 24%) mais aussi des photos de vacances (44% vs 33%) et plus largement des scènes du quotidien (28% vs 21%). Il est cependant important de noter que les adolescents ne sont pas les premiers à se mettre en scène et qu’ils sont dès leur plus jeune âge l’objet et la cible de photos et de vidéos produites par des adultes qui n’hésitent pas à les afficher sur leur propres réseaux sociaux.

Stéréotypes de genre et représentations médiatiques de la sexualité

Tout comme pour les clivages sociaux, les médias reflètent mais ne créent pas les clivages de genre qui préexistent dans la société. On y constate cependant une hyper-ritualisation de la féminité et de la masculinité dans l’exercice consistant à se présenter comme garçon ou fille : les stéréotypes de genre y sont exprimés de façon exacerbée et standardisée, renforçant le formatage culturel.

Parallèlement à ce qu’ils donnent à voir d’eux-mêmes, les jeunes sont ainsi confrontés à une mise en scène de l’image du corps et de la sexualité dans les médias au sens large (clip vidéo, pub, TV, magazine,...). Dans l’enquête de la Fondation Pfizer [23] 9 adolescents sur 10 déclarent que les médias leurs imposent une certaine image du corps et 8 sur 10 considèrent même que pour réussir dans la vie il vaut mieux être beau/belle.

Deux études du CSA [19, 20] soulignent par exemple que les émissions de divertissement sont vectrices d’images stéréotypées des hommes et des femmes - l’homme est « macho » et la femme est « bimbo » - tandis que les séries de fiction véhiculent une image de la femme souvent cantonnée au foyer et inférieure dans le domaine professionnel, mais séduisante et objet de conquête masculine.

Une étude réalisée en Midi-Pyrénées par les associations Ic@are et les Eco-Liés [35] souligne que l’influence des médias n’a jamais été aussi forte même si les jeunes ont bien conscience que la plupart du temps l’image est retouchée et ne reflète, selon eux, ni la réalité, ni la diversité des corps. Ainsi, si une grande partie des filles oscille entre un désir et un refus de la féminité telle qu’elle est proposée par les médias, elles sont de plus en plus nombreuses à exercer leur potentiel de séduction à partir de normes physiques définies par les médias tels que les magazines féminins ou masculins et les publicités.

Selon les résultats de l’enquête IFOP réalisée pour l’Observatoire de la Parentalité et de l’Education Numérique (OPEN) auprès de 1005 jeunes de 15-17 ans [31] :

- 48% des garçons et 37% des filles (respectivement 55% et 44% de ceux/celles ayant déjà eu des rapports sexuels) pensent que les films ou vidéos pornographiques qu’ils ont vus ont participé à l’apprentissage de leur sexualité ;

- ils sont même aux alentours de 75% chez les jeunes se définissant comme homo ou bisexuels et chez les jeunes musulmans.

L’étude ne précise cependant pas en quoi cet apprentissage réside et d’ailleurs, l’immense majorité des filles comme des garçons estiment que la pornographie n’a eu aucune influence sur leur sexualité.

Pour la sociologue néo-zélandaise Louisa Allen, la pornographie vient souvent pallier l’insuffisance d’apports concrets dans les actions d’éducation à la sexualité : « lorsque les images de corps réels et les détails logistiques des activités sexuelles sont absents de l’éducation sexuelle, le pouvoir des discours pornographiques grandit. Si le désir et les aspects pratiques de la sexualité ne sont pas abordés, les adolescents iront chercher des réponses et des démonstrations ailleurs ».

Le sexting

Concernant les pratiques de sexting, c’est-à-dire la création et le partage de photos ou vidéos révélant des parties intimes de son corps, elles sont déclarées par moins de 5% des jeunes.

La pratique du sexting par les adolescents peut revêtir plusieurs significations :

- outil d’apprentissage de la relation de séduction à travers la mise en scène de soi et de son intimité
- désir de symboliser son engagement avec l’autre, de prouver son attachement, son amour et sa confiance
- moyen d’exprimer ses besoins et désirs sexuels et de redéfinir certaines normes de genre : c’est plus particulièrement le cas pour les filles qui sont encore socialisées à être sexuellement passives, simples réceptacles des pulsions masculines
- moyen d’appropriation de son corps en pleine mutation pubertaire, revendication de fierté vis-à-vis d’un corps et d’une sexualité assumée
- fonction de réassurance de soi et de renforcement des liens d’amitié entre filles (les photos intimes sont souvent d’abord partagées avec les amies proches qui rassurent et conseillent)
- renforcement de la popularité : pour certains garçons, obtenir ce type de contenu et le faire savoir est un facteur puissant de prestige auprès de ses pairs

Le sexting peut ainsi contribuer in fine à renforcer les inégalités de genre : il est fréquent que les jeunes filles soient la cible des insultes et du harcèlement qui découlent du partage d’images intimes alors même que ce partage, et donc la rupture du pacte de confiance, est généralement le fait des garçons. Le sexting est donc une pratique qui ne saurait être comprise sans considération des injonctions et normes de genre qui prévalent dans notre contexte social et relationnel. Ce sont bien les rapports de domination sexuelle qu’il faut questionner plutôt que l’auto-production et le partage privé de contenus.

Il est d’ailleurs intéressant de noter, à l’instar de l’enquête de la Fondation Pfizer [24], l’existence d’un décalage important entre les pratiques déclarées des jeunes (possible sous-déclaration de comportements perçus comme transgressifs ou non convenables par la morale dominante) et l’imaginaire des adultes qui tendent à dramatiser les comportements liant sexualité et numérique.

Focus - Jeunes homosexuels et sites/applications de rencontre

L’enquête EPIC (Etude des parcours individuels et conjugaux) conduite par l’INED et l’INSEE en 2013-2014 confirme que les sites de rencontre ont connu un succès rapide en France et que près de 2 Français sur 10 se seraient déjà inscrits sur ce type de site. Si l’enquête n’a pas ciblé les plus jeunes, les chercheurs estiment entre 3 et 4 sur 10 le nombre de jeunes de 18-25 ans qui se seraient déjà connectés à un site de rencontre [12]. Cependant, cette diffusion des sites de rencontre cacherait en fait une « démocratisation ségrégée » : en même temps que leur nombre se multipliait, ils se sont davantage spécialisés et on constate désormais une segmentation forte des sites qui s’adressent à des populations-cibles spécifiques en fonction notamment de leur orientation sexuelle. Concernant la conjugalité, les chercheurs notent que les sites de rencontre apparaissent comme un des premiers modes de rencontre parmi les couples homosexuels. Ainsi, parmi les personnes homosexuelles ayant connu leur partenaire actuel entre 2003 et 2013, pour une personne sur trois la rencontre s’est faite via un site contre seulement 9% pour les couples hétérosexuels.

Annie Velter, sociodémographe en charge des enquêtes sur les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) à Santé Publique France (ex InVS), constate une dématérialisation des rencontres chez les jeunes gays et une mutation générationnelle [13] : la « socialisation » des jeunes gays se fait de moins en moins dans les lieux communautaires (bars, saunas, lieux de rencontre…). Elle note que désormais c’est via Internet et les réseaux sociaux que les jeunes homosexuels se retrouvent et se draguent. Internet favorise, par son anonymat et sa facilité d’accès, l’exploration sociale, affective et sexuelle des jeunes HSH et les réseaux sociaux se présentent désormais comme des espaces supplémentaires, voire alternatifs, aux lieux de rencontres commerciaux, associatifs et publics traditionnels.

Les résultats de l’enquête Net Gay Baromètre, enquête comportementale ciblant des HSH utilisant Internet à des fins de rencontres, illustrent cette réalité. Dans l’édition 2009 de cette enquête [36] les jeunes HSH sont 74,2% à considérer qu’Internet a un impact positif sur les rencontres socio-sexuelles et 96,3% d’entre eux citent Internet comme espace privilégié à des fins de rencontre. Les moins de 25 ans sont plus nombreux à utiliser Internet pour socialiser (91% vs 85,9% pour l’ensemble des répondants) et pour des raisons affectives (68,1% vs 57,5%). Par contre, ils sont moins nombreux à utiliser Internet pour trouver des aventures sexuelles (62,2% vs 76,9%) ou faire du cybersexe (57,6% vs 62,7%). Les premières données de l’édition 2013-2014 [5] confirment le décalage entre les habitudes des jeunes gays (16-25 ans) et celles de leurs aînés. Les jeunes HSH pratiquent largement la drague par application mobile et site Internet : 42,6% des jeunes interrogés utilisent une application communautaire de rencontre en ligne et 9 sur 10 détiennent au moins un compte sur un réseau social.

Dès 2009, avec le lancement de Grindr, le marché des applications sexuelles à destination des gays sur les smartphones et tablettes s’est rapidement développé. Grindr est une application de rencontres destinée aux HSH permettant de discuter et d’échanger des photos avec des hommes géolocalisés autour de soi. En 2013, Grindr comptabilisait plus de 7 millions d’utilisateurs dans 192 pays [29]. Quotidiennement, plus de 1,2 million d’hommes se connectent à l’application et échangent plus de 30 millions de messages et 2 millions de photos. Les utilisateurs consultent Grindr en moyenne 8 fois par jour et passent près de 2h sur l’application.

En 2011, Rice et al. ont interrogé 195 jeunes HSH âgés de 18 à 25 ans utilisateurs de Grindr dans le comté de Los Angeles sur leurs pratiques sur l’application [37, 38]. Interrogés sur leur principale raison d’utiliser l’application, 26,7% déclarent chercher une relation sexuelle occasionnelle, 22,1% quelqu’un pour une relation, 21,5% pour passer le temps et 20,5% pour se faire de nouveaux amis. Enfin, un quart des répondants déclarent ne jamais avoir eu de relation sexuelle avec quelqu’un rencontré sur Grindr. Une étude complémentaire [30] montre que 71% des jeunes fréquentent aussi les sites de rencontre sur internet et 46% utilisent au moins une autre application. Par comparaison aux sites de rencontre, l’application est plus souvent utilisée pour se faire de nouveaux amis (78% vs 42%), pour passer le temps (86% vs 64%) ou pour se connecter à la communauté gay (64% vs 42%). A l’inverse, elle est moins souvent utilisée pour la recherche de relations sexuelles occasionnelles que les sites de rencontre (29% vs 42%).

Face à l’importance du recours des HSH, et notamment des jeunes, aux vecteurs numériques pour communiquer avec d’autres hommes, que ce soit dans le but de rencontres romantiques ou de plans sexuels, différentes initiatives se sont développées telles que la création d’espaces d’information ou de forums de discussion autour de la prévention sur certains sites et applications de rencontre. Certains acteurs, comme l’association AIDES, ont investi l’écosystème digital à travers leurs campagnes d’information et de prévention mais aussi avec la présence de militants sur différents sites et applications de drague incontournables. Sur les réseaux virtuels les questions sont variées et les échanges souvent plus francs et décomplexés du fait que les personnes se sentent à l’abri derrière leur écran et à l’aise avec des pairs acteurs communautaires.

Face au constat d’un manque flagrant de réponses adaptées aux jeunes gays, le CRIPS Ile-de-France a développé une application spécifique de prévention ludique « Tony Jeune Gay » destinée à ce public souvent connecté. Cette application s’articule autour d’un personnage central - Tony, jeune gay - qui tient le rôle de conseiller et de « grand frère » ayant lui-même vécu les problématiques auxquelles les jeunes sont confrontés et propose, entre autres, des quizz personnalisés permettant d’évaluer ses prises de risques sexuels et de réfléchir à son bien-être psychique.

Internet comme source d’information en santé sexuelle

Les données du Baromètre Santé 2010 [11] montrent que l’usage d’Internet pour des questions relatives à la santé concerne environ la moitié des internautes et ce quel que soit l’âge avec cependant des disparités dans la tranche des 15-30 ans : 39,3% des 15-19 ans, 50,4% des 20-25 ans et 55,4% des 26-30 ans.

Concernant les 15-19 ans, 1/4 déclare avoir cherché de l’information plutôt que d’aller chez le médecin et 2 sur 10 avoir cherché de l’information sur Internet sans lien direct avec une consultation médicale. Un peu plus d’un tiers (35,4%) ont modifié la façon de s’occuper de leur santé à la suite d’informations trouvées en ligne. Parallèlement, plusieurs raisons sont avancées par les jeunes ne consultant pas internet en matière de santé : 78,9% déclarent se sentir suffisamment informés, 73,6% considèrent qu’il vaut mieux aller voir un médecin, 71,6% se méfient des informations que l’on peut trouver sur le net et 54,2% n’y ont jamais pensé.

Si les premiers résultats de l’enquête Baromètre Santé 2014 [39] n’offrent pas un éclairage spécifique jeunes, ils soulignent une augmentation globale du recours à Internet pour les questions relatives à la santé qui concerne 68% des Français.

Significations pour les jeunes

Les résultats de l’enquête Fondation Pfizer / Ipsos Santé « Bien dans sa tête, bien dans son corps » [24] réalisée auprès de 801 adolescents de 15 à 18 ans en octobre 2014 viennent confirmer ces données : Internet apparaît comme source d’information en matière de sexualité pour 44% des jeunes derrière les amis (69%) et les parents (52%). Les adolescents avec un niveau de bien-être faible déclarent plus souvent s’informer en ligne (60%).

Une enquête sociologique de l’INJEP [7] auprès de jeunes de 13 à 25 ans montre que la sexualité est l’une des principales thématiques recherchées en ligne. Des disparités existent entre les filles qui citent davantage les aspects liés à la procréation et la gestion de la fécondité (contraception, grossesse et IVG) et les garçons dont les recherches semblent plutôt d’ordre biologique et physiologique (performances sexuelles ou encore taille du pénis).

Outre l’instantanéité et l’absence de coût financier, les raisons évoquées dans les entretiens pour expliquer ce recours à Internet sont de différents ordres :

-  Quête d’autonomie et d’assurance
Les jeunes sont à la recherche d’alternatives à la ressource parentale ou médicale. Ils ne cherchent pas à remettre en question la parole des professionnels mais plutôt à se construire une opinion et un savoir dans l’optique d’être considéré en tant que personne à part entière et non comme « mineur », « enfant de » ou « petit » qu’il faudrait aider. De plus, l’information reçue en groupe – notamment en classe – ne permet pas toujours à chacun de s’exprimer, de poser « sa » question et les jeunes rencontrés estiment qu’il n’est pas possible de questionner de manière trop précise (ou trop individuelle) les intervenants.

-  Anonymat, discrétion, droit à l’intimité
L’anonymat est une des raisons essentielles avancées par les jeunes qui cherchent à s’informer sans se dévoiler et l’usage d’Internet offre une meilleure séparation de la vie publique et de la vie privée. Du point de vue des jeunes, toutes leurs questions ne sont pas légitimes ou audibles par des adultes que ce soit en raison de la morale, des valeurs ou des tabous, alors qu’Internet offre la possibilité de répondre aux questions les plus intimes dans la discrétion la plus totale.

-  Validation de soi par l’expérience des autres
Pour nombre de jeunes interrogés, Internet est un outil où ils peuvent se raconter, échanger, se confronter au vécu des autres et trouver des gens partageant leurs questionnements. D’une certaine manière, cela permet de légitimer la question - si quelqu’un d’autre l’a posée, c’est bien qu’on a le droit de s’interroger sur le sujet - et d’être reconnu comme faisant partie d’un groupe qui peut se poser la question, assurant de la sorte à l’individu son appartenance de genre ou de génération.

Dans le Baromètre Santé 2014 [39], 8 internautes sur 10 estiment l’information trouvée en ligne comme crédible sans différence selon l’âge ou le sexe des internautes.

Si les forums sont très appréciés, non sans une certaine méfiance par rapport à la véracité des témoignages, les jeunes se montrent assez réticents à interagir dans ces espaces [14] : ils ne savent pas toujours comment formuler leurs questions et peu sont tentés d’alimenter les forums par peur de perdre leur intimité ou leur anonymat, par crainte des moqueries ou par manque de confiance dans le contenu des réponses. S’ils font parfois preuve d’un certain voyeurisme vis-à-vis des autres, ils sont très angoissés à l’idée d’être dévoilés ou de retrouver leur vie sur le net.

Dans l’enquête INJEP, l’ensemble des jeunes interrogés portent un regard critique sur ce qu’ils peuvent lire en ligne (« tout n’est pas à prendre au pied de la lettre ») et mettent en place des stratégies de sélection parmi la multitude des informations disponibles pour choisir celle qui sera « la plus pertinente pour soi à ce moment-là ». Cependant des clivages associés aux inégalités sociales perdurent et les moins diplômés et/ou ceux issus des familles les moins favorisées n’ont pas toujours le recul nécessaire pour faire le tri et peuvent rencontrer des difficultés pour repérer les sources fiables (ils se limitent par exemple à un seul site présent sur la première page Google ou se révèlent incapables de citer leurs sources).

Enfin, si Internet est souvent utilisé comme vecteur d’information, cette pratique est rarement valorisée et revendiquée. Les jeunes tendent ainsi à intégrer l’idée d’une échelle de valeurs opposant les sources d’information valorisées dans les discours des adultes (professionnels de santé, infirmière scolaire…) et celles non légitimes pouvant véhiculer des informations erronées comme les amis ou Internet. Une partie des jeunes rencontrés préfèrent dire « qu’il a entendu dire » plutôt qu’il a trouvé l’information sur Internet. Le bouche à oreille apparait comme une source d’informations plus acceptable qu’Internet qui pourrait nuire à l’image que les jeunes construisent auprès de leurs proches et des adultes de leur entourage.

La présence sur Internet : un nouvel enjeu pour la prévention

Face à l’utilisation grandissante d’Internet et des réseaux sociaux par les jeunes, de nombreux acteurs de la prévention ont investi ces médias pour s’adresser à eux à travers :
-  des sites dédiés à leurs questionnements de santé qu’ils soient plurithématiques comme www.filsantejeunes.com ou monothématiques comme le site www.onsexprime.fr qui traite de la santé sexuelle
-  l’adaptation des sites à un usage sur téléphone mobile
-  la présence sur les réseaux sociaux comme Facebook.

Santé Publique France, ex-INPES, a initié en 2013 une démarche visant à aider les internautes à identifier les informations les plus valides à travers une labellisation des sites garantissant la qualité et l’exactitude des informations délivrées. Les dispositifs attributaires de ce label qualité « Aide en santé » s’engagent notamment à être transparents sur leurs missions, à apporter une aide de qualité et à délivrer des informations fiables.

D’autres certifications existent comme la charte HONcode (www.healthonnet.org) qui engage, entre autres, les signataires à indiquer la qualification des rédacteurs, préserver la confidentialité des informations personnelles, citer la source des informations publiées et dater les pages santé, rendre l’information la plus accessible possible et justifier toute affirmation sur les bienfaits ou les inconvénients de produits ou traitements.

L’évaluation du site Onsexprime.fr [14] souligne que la navigation internet autour des problématiques liées à la sexualité se fait en tension entre la recherche d’informations basées sur l’expérience des pairs, qui sont au plus proche du « vécu », et une réticence à livrer soi-même ses expériences ou interrogations. Les jeunes retrouvent leurs façons d’être et de parler à travers les web-séries qui constituent souvent le point d’entrée du site. La variété des contenus et la tonalité du site en décalage par rapport au formalisme habituel de certains discours préventifs permettent à la plupart des adolescents rencontrés de se sentir concernés : un site qui parle d’eux et comme eux tout en délivrant un contenu très informatif.

Allier éducation à la sexualité, éducation à l’image et éducation aux médias

Web 2.0 - espace de droit

Loin de la croyance erronée qu’Internet est une sorte de no man’s land où tout est permis, l’évolution constante des techniques de l’information et de la communication et la diversification des échanges numériques ont entrainé une évolution des lois. Dans les faits, non seulement les grands principes du droit classique s’appliquent en ligne mais un nombre croissant de lois intègrent des règles spécifiques adaptées au cadre numérique.

La liberté d’expression, garantie par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, s’applique évidemment en ligne mais elle s’y trouve affectée, au même titre que dans la vie réelle, par de nombreuses limites :
- ne pas porter atteinte à la vie privée et au droit à l’image d’autrui ;
- ne pas inciter à la haine raciale, ethnique ou religieuse, ne pas faire l’apologie de crimes de guerre ou du terrorisme et ne pas tenir de propos discriminatoires à raison de l’orientation sexuelle ou d’un handicap par ex ;
- ne pas tenir de propos diffamatoires (la diffamation peut être raciste, sexiste, homophobe,..) ;
- ne pas tenir de propos injurieux.

Concernant le droit à l’image, l’article 9 du Code Civil rappelle que « chacun a droit au respect de sa vie privée » et l’article 226-1 du Code Pénal précise qu’est puni de 45 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement le fait, au moyen d’un procédé quelconque, de fixer, enregistrer ou transmettre, sans le consentement de celle-ci, l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé.

Parallèlement, l’effet multiplicateur des moyens électroniques de communication conférant un caractère aggravant aux violences lorsqu’elles prennent la forme de cyber-violences, de plus en plus de lois intègrent des articles spécifiques :

- la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance [1] a entériné le délit de vidéo lynchage (happy slapping) : il est sanctionné comme un « acte de complicité des atteintes volontaires à l’intégrité de la personne » et toute diffusion de ce type d’images est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende (article 222-33-3 du Code Pénal)
- la loi pour une République Numérique du 7 octobre 2016 [3] reconnaît le Revenge porn comme un délit allant au-delà de la seule violation de l’intimité de la vie privée et punit cette pratique de 2 ans de prison et de 60 000€ d’amende.

Pour aider tout un chacun à mieux comprendre les enjeux du numérique et faire valoir ses droits, la CNIL a créé en 2013 une plateforme (https://www.educnum.fr/) avec un collectif d’acteurs (issus du monde l’éducation, de l’économie numérique, de la société civile et d’autres institutions) pour porter et soutenir les actions visant à promouvoir une véritable « culture citoyenne du numérique ». EducNum a pour objectif d’informer le grand public mais aussi d’accompagner les professionnels et les médias en mettant à leur disposition différents contenus pédagogiques. Au sein du système éducatif, c’est le Centre pour l’Education aux Médias et à l’Information (CLEMI - http://www.clemi.fr/) qui accompagne au niveau national et académique les enseignants pour renforcer l’usage autonome et réfléchi des médias par les élèves à travers des partenariats actifs et innovants (concours, création de médias scolaires,....).

Education aux médias et à l’Information et Parcours Citoyen dans le cursus scolaire

La loi du 8 juillet 2013 [2] pour la refondation de l’école de la République a inscrit l’Education aux Médias et à l’Information (EMI) dans les missions de l’Ecole avec pour objectif de « développer les connaissances, les compétences et la culture nécessaire à l’exercice de la citoyenneté dans la société contemporaine de l’information et de la communication ». Cette formation à l’utilisation des outils et des ressources numériques doit contribuer à la compréhension et à l’usage autonome et responsable des médias par les jeunes à travers notamment la sensibilisation aux droits et aux devoirs liés à l’usage de l’internet et des réseaux (protection de la vie privée, maîtrise de son image, respect de la propriété intellectuelle,..).

L’EMI constitue avec l’Enseignement Moral et Civique (EMC) un des fils conducteurs du Parcours Citoyen mis en place en 2016 [4] et qui permet d’aborder les grands champs de l’éducation à la citoyenneté, notamment la culture de l’égalité entre les sexes et du respect mutuel, la lutte contre l’homophobie et la prévention du harcèlement et de toutes formes de discrimination. L’EMI s’inscrit également dans le Parcours de Santé à travers notamment de l’éducation à la sexualité dans son approche sociale (stéréotypes véhiculés dans les médias et la publicité, cyber-harcèlement, pornographie…).

L’ensemble des acteurs doivent se mobiliser dans une co-construction du Parcours Citoyen et une intégration de l’EMI de manière transversale dans les différentes disciplines. Les professeurs-documentalistes jouent évidemment un rôle essentiel dans les différents apprentissages liés au numérique tant via des interventions directes auprès des jeunes que par leur rôle de conseil auprès de l’équipe pédagogique. Cependant, la formation préalable des acteurs au numérique et un soutien dans leurs pratiques liées à l’EMI sont indispensables pour leur permettre d’accompagner au mieux les jeunes et en faire des « cyber-citoyens » éclairés et responsables qui maîtrisent leur activité numérique et leur image. C’est pourquoi la loi prévoit une formation initiale et continue des personnels au et par le numérique au sein des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) et dans les plans académiques et nationaux de formation des enseignants et des corps d’inspection et d’encadrement.

Pour Alexandre Serres, chercheur en sciences de la communication et de l’information, le socle de l’éducation aux médias devrait s’articuler autour de trois dimensions : l’utilisation pratique (maîtriser concrètement les outils pour un usage autonome et exploiter tout leur potentiel), la connaissance théorique (clés de compréhension des nouveaux univers informationnels, perception des enjeux liés à l’information) et la distance critique (ré-ancrer les apprentissages liés aux TIC dans une culture générale, une formation à l’esprit critique, une éthique de la responsabilité).

Si chacun peut et doit avoir une attitude réflexive sur le sujet, plusieurs pistes de réflexion peuvent favoriser le développement d’actions pertinentes de sensibilisation pour une utilisation responsable et critique des médias :

- Ne pas avoir une approche anxiogène ou un discours moralisateur
Toutes les évolutions techniques, technologiques et culturelles ont suscité leur lot d’inquiétudes notamment concernant le devenir des nouvelles générations. Il est important de se rappeler qu’Internet n’est qu’une infrastructure technologique, un outil dont on peut accompagner l’usage et qui doit être considéré comme un moyen et non comme une fin en soi. Il faut savoir prendre du recul et envisager aussi bien les usages qui posent problème que ceux qui n’en posent pas et leur donner du sens.

- Reconnaître aux jeunes une capacité à une citoyenneté numérique responsable
Si certains professionnels peuvent se sentir perdus face à la rapidité d’adaptation et l’engouement des jeunes pour les supports numériques, il est néanmoins important de reconnaitre aussi à ces derniers leur capacité à en avoir une utilisation lucide et avertie.

- Respecter l’intimité des jeunes dans leurs pratiques des réseaux sociaux
Les usages des jeunes inquiètent parce qu’ils sont incompris et qu’ils échappent en partie à la surveillance et au contrôle des adultes. Il est nécessaire d’aller à leur rencontre et d’établir une relation de confiance. Il s’agit de les accompagner dans un processus d’autonomisation, de les aider à développer leurs capacités et compétences et non de chercher à contrôler leurs pratiques.

- Considérer les jeunes comme des acteurs participatifs
Il faut considérer les jeunes non pas comme une simple audience mais comme des consommateurs, des participants et des créateurs de contenu numérique. Le Web 2.0 constitue un levier de valorisation potentiel pour tout éducateur engagé dans un projet pédagogique.

- Ne pas être dans l’interdit mais construire ensemble des bonnes pratiques
En suscitant la réflexion sur les opportunités et les risques d’Internet sans le diaboliser, il s’agit d’aider les jeunes à acquérir les clés pour faire les bons choix sur les conduites à tenir notamment face à d’éventuelles situations critiques. Co-construire avec les jeunes un « guide de bonne conduite » faisant sens avec leurs usages réels du net sera plus productif que d’établir des listes d’interdits.

Conclusion

L’avènement du numérique a entraîné, et entraîne encore, de véritables changements aux niveaux tant individuel que collectif et il est impossible de séparer les activités numériques des autres activités sociales et relationnelles. L’ensemble des enquêtes et études mettent en avant l’imbrication et la complémentarité du numérique et de la vie réelle tant en terme de socialisation que de source en santé sexuelle.

Internet a également entraîné une perméabilité nouvelle entre sphère privée et sphère publique liée à un besoin d’être sans cesse connecté à son entourage proche et d’être rassuré de l’affection qui nous est portée, un besoin de reconnaissance sociale parfois exacerbé et une routinisation des processus d’évaluation objective de soi et des autres.

S’il est nécessaire de dédramatiser les usages juvéniles du numérique, souvent dévalorisés ou générateurs de panique morale dans le discours des adultes, il est important de développer chez les jeunes un regard éclairé et distancié sur ces outils. Comme pour toutes les autres composantes de la sexualité humaine, il s’agit d’aider les jeunes à accéder à une autonomie de pensée et d’action qui leur permette de gérer au mieux leur vie relationnelle, affective et sexuelle.

BIBLIOGRAPHIE

Les références bibliographiques sont classées par ordre alphabétique d’auteur physique ou moral. Tous les documents référencés sont disponibles et consultables dans les deux centres de documentation du CRIPS Provence-Alpes-Côte d’Azur.

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